Le réemploi de surplus : une vision alternative contemporaine ?

Surproduction (Christopher Dombres)

Le réemploi de surplus est issu d’une vision alternative. Lorsque l’on traite de la question de l’économie, les images qui nous viennent à l’esprit sont celles de la bourse, du marché, voire de la crise et des gaspillages. Ce sont les images qui nous sont transmises non pas seulement dans les medias mais également dans notre éducation.

Néanmoins et malgré le fait que nous baignons dans cette culture du surplus, des pratiques alternatives telles que le réemploi existent. Elles ont toujours su coexister pour pallier aux effets négatifs notamment en termes d’excès de consommation et production. Le réemploi est une réaction.

L’histoire du capitalisme est jalonnée de tentatives d’obtenir un surplus financier. C’est ce que nous appelons aujourd’hui une plus-value. L’économie étudie le surplus du consommateur. C’est-à-dire la différence entre ce que vous êtes prêt à payer et ce que vous payer effectivement. Aujourd’hui il s’agit surtout de faire en sorte de trouver des débouchés à un autre type de surplus. En effet, les surplus de matériau sont un défi contemporain dont Re.Source est un acteur majeur du réemploi.

Ce défi du réemploi fait partie d’un ensemble de visions alternatives en voie de reconnaissance. C’est ce que nous appelons aujourd’hui l’économie sociale et solidaire. L’économie circulaire en est l’une des branches. Le réemploi de surplus en est l’une des pratiques des plus concrètes. Surtout, ces visions, aussi alternatives soient-elles, sont crédibles. Elles sont issues d’une histoire au moins aussi longue et riche que celle du capitalisme.

À la recherche du surplus

De fait, la recherche de surplus est l’un des cœurs de notre société en atteste la glorification dont bénéficient les grands entrepreneurs : Steve Jobs (Apple), Bill Gates (Window) ou encore Mark Zuckerberg (Facebook). Par ailleurs, les économistes restent associés à des concepts forts. Ces concepts sont mis en avant par des figures de style percutantes telles les allégories ou les oxymores. Avez-vous déjà entendu parlé d’Adam Smith et de sa  célèbre « main invisible »? Cette métaphore symbolise notre poursuite d’intérêt individuel, poursuite qui contribue in fine à un intérêt collectif :

Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger, que nous attendons notre diner, mais bien au soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme

(La richesse des nations, 1776).

Avez-vous entendu parlé de Joseph Schumpeter ou tout du moins de son concept de « destruction créatrice » ? Tout produit est voué à être remplacé par un autre. Ce processus est l’un des cœurs du capitalisme libéral. Sans être réfractaire au progrès, la naïveté nous gardera de ne pas faire le lien avec le fléau de l’obsolescence programmée.

réemploi de surplus RS 2

Qu’il soit bien clair qu’il ne s’agit pas de critiquer ici le capitalisme libéral. Et bien qu’il existe diverses formes de capitalisme, il s’agit surtout d’en discuter les excès. Très souvent, là où un surplus est recherché qu’il soit financier ou matériel, un excès se crée.

Les premières théories économiques dominantes ont été celles qui expliquaient le mieux le réel : la recherche constante de ce surplus par l’entreprise via l’accumulation du capital. Ce sont ces théories qui ont dominé le paysage durant des décennies et qui l’ont façonné. Et ce sont nos comportements qui ont mené à l’excès.

SCOP & travaux publics

Néanmoins cette domination ne doit pas occulter le fait que d’autres approches ont toujours existé et si l’Histoire ne retient que les gagnants, ces approches ont été riches d’enseignements encore en vigueur aujourd’hui.

Par exemple, saviez-vous que de nombreuses infrastructures publiques parisiennes (les champs de mars par exemple) ont été construites grâce à des ateliers sociaux coopératifs ? Ces coopératives sont le fruit du travail de Louis Blanc dont voici les règles qu’il souhaitait mettre en place :

On ferait tous les ans le compte du bénéfice net, dont il serait fait trois parts :

– L’une serait répartie par portions égales entre les membres de l’association.

– L’autre serait destinée : 1° à l’entretien des vieillards, des malades, des infirmes ; 2° à l’allégement des crises qui pèseraient sur d’autres industries, toutes les industries se devant aide et secours ;

– La troisième enfin serait consacrée à fournir des instruments de travail à ceux qui voudraient faire partie de l’association, de telle sorte qu’elle pût s’étendre indéfiniment. 

(Organisation du travail, 1839-41)
Réemploi des surplus RS 3
Les ateliers nationaux de Champs de Mars (source : l’histoire par l‘image)

Celles et ceux ayant fondé une SCOP ou une SCIC reconnaitront là l’essence de leur structure. Ces règles sont issues d’un article de Louis Blanc qui sera réédité 8 fois jusqu’en 1850. Ceci est formidable à une époque où le pourcentage de personnes capables de lire était faible.

De même pour l’écologie, si la notion de développement durable date de 1979, les préoccupations sont bien antérieures. Elles concernent la peur du déboisement des forets en 1813 par Étienne-François Dralet par exemple. Ainsi, le capitalisme libéral s’est imposé progressivement dans notre vie mais des alternatives l’ont toujours accompagné tout au long de son histoire.

Du réemploi de surplus au capitalisme vert ?

Toutes ces craintes, critiques et surtout solutions alternatives ont progressivement fondé le cœur d’une économie plus sociale, plus solidaire et donc plus circulaire.

Il faut prendre le temps de regarder derrière nous pour mieux comprendre nos défis et continuer notre chemin. La nouvelle loi sur l’économie circulaire de 11 février 2020 n’est qu’une étape vers un capitalisme qui se voudrait plus vert. Espérons alors que « capitalisme vert » ne soit pas un nouvel oxymore. Une nouvelle fois, il ne s’agit pas de critiquer cette organisation. Il s’agit de réfléchir aux moyens de l’accompagner et d’en réduire à néant ces excès.

Plus globalement, les alternatives que nous connaissons aujourd’hui ne sont pas nouvelles. Elles ont fondé le terreau fertile de nos considérations actuelles. Il est important de les perpétuer et c’est ce que nous nous efforçons de faire via Re.Source.

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